Un habitat catastrophique ?

Des hommes, des lieux, des situations

Certaines personnes vivent la même situation incommodante selon le même schéma. Les ennuis réitèrent en boucle jusqu’à insuffler un sentiment d’abnégation. Les actes manqués et les mauvaises nouvelles s’enchaînent et deviennent habitudes, assimilées à la malchance ou au hasard. Les axes d’approche de ces constats sont divers et variés. Nous les aborderons ici par le prisme de la relation habitant/habitat. Et nous les présenterons selon les enseignements et les réflexions issues de la pratique des arts stratégiques de positionnement classiques chinois.

Pourquoi certains lieux coïncident-ils avec l’émergence ou avec l’accélération d’une problématique ? Pourquoi d’autres induisent-ils des freins notables et de l’inertie ?

Existe-t -il des lieux radicalement problématiques, où le déménagement est la seule alternative ?

Habiter, un hasard ?

Dans la pensée chinoise classique. Le hasard n’est pas. Tout ce qui existe est le résultat d’un processus, d’une succession d’évènements liés, d’évolutions, de propensions.

Considérant le phénomène de causalité, celui de synchronicité et l’interconnexion de toutes choses, le choix (motivé consciemment/inconsciemment ou imposé) d’un lieu pourrait alors être signifiant selon le contexte de vie.

Un lieu est un synthème qui fonctionne en tant que tel, coparticipant à la création d’un équilibre ou d’un déséquilibre subtil. Empreint d’un arrangement subtil de vides (yang) et de pleins (yin). Il possède des qualités physiques et vibratoires.

Il y a d’un côté ce qui se voit (le visible : l’architecture, la décoration, etc.) mais aussi d’un autre coté ce qui ne se voit pas (l’invisible : le subtil, l’ambiance, les flux, l’impalpable).

Habiter son intérieur

Nous choisissons d’habiter un lieu selon nos besoins matériels et suggestifs, sous le prisme de notre sensibilité et de nos émotions. Le couplage habitant/habitat résulte donc d’une rencontre de vibrations interconnectées. Éric Brun-Sanglard est Architecte d’intérieur aveugle et auteur du livre : » reconstruire sa maison intérieure. Il insiste sur l’importance du lien entre nos deux maisons : celle que nous habitons et celle, intérieure, que nous portons en nous : « je définirais l’énergie comme les vibrations que vous ressentez dans un endroit, tout comme la première réaction émotionnelle que vous avez au contact d’un inconnu ».

Lorsque nous choisissons d’habiter un lieu, ou lorsque « le lieu choisi de nous habiter » il  peut donc y avoir résonance ou dissonance énergétique.

Pont habitat Feng Shui

Pour un esprit cartésien, il pourrait être complexe d’entendre que nous puissions être attiré par un lieu ayant le même niveau énergétique que nous (résonance). Pire : d’entendre que nous puissions être attiré par un lieu bousculant nos aspirations (dissonance). En effet, l’analyse exclusivement pragmatique a besoin de revenir au concret. Cependant, nous ne voyons pas notre habitation de la même façon lorsque nous lions visible et invisible. Cela nous donne des informations cohérentes avec ce que nous vivons.

Notre habitat et/est notre intérieur. Mais le mental empêche parfois d’élever le regard pour discerner la globalité de la situation et des circonstances.

 

Un champ d’information extraordinaire

L’habitat est un champ d’information extraordinairement riche. Lorsque nous le visitons, nos intuitions sont manifestes. Mais la place que nous allouons à nos perceptions est considérablement diluée et différente selon nos besoins, notre histoire sociétale et familiale, notre vitalité, etc. Les informations sont présentes. Elles sont disponibles. Elles foisonnent. Mais la pensée rationnelle et consciente limite leur exploration car elle les filtre pour n’en sélectionner qu’une partie infime à l’image d’une bande passante.

Parfois, habiter un lieu apparait comme une évidence. Le « coup de cœur » est tellement saisissant que nous n’envisageons même pas des contre-visites. Or, le coup de cœur  peut déboucher sur le meilleur et sur le pire, sur la lumière et sur l’ombre, sur le visible et l’invisible.

Parfois, inconsciemment ou « malgré-nous », les choix, les opportunités, les synchronicités, nous  entrainent vers des difficultés sous-jacentes, récurrentes. Alors, les actions piétinent, les schémas limitants s’installent insidieusement et les mauvaises nouvelles s’enchaînent.

habitat responsable ?

Puisque le hasard n’est pas, il est naturel de s’interroger sur nos choix. « Suis-je pleinement coupable d’avoir choisi d’habiter un lieu « problématique ». Dit autrement et franchement : « J’ai un don pour me mettre dans des situations inextricables, je suis nul, etc ».

Cet axe de lecture est particulièrement anxiogène car il est culpabilisant à outrance. Insuffler l’anxiété, la culpabilité, le désespoir, la peur et la prise de pouvoir (laquelle découle des autres) ne soutiennent pas la vitalité. Cela immobilise.

La perfection absolue de toutes choses, d’un homme, d’un lieu n’existe pas. La « nullité » de toutes choses n’existe pas non plus, ni celle d’un individu, ni celle d’un lieu. Rien n’est tout blanc ou tout noir.

Si l’on admet le postulat selon lequel un lieu est radicalement bon (excellent) ou radicalement mauvais (catastrophique), toujours et pour tous, cela va à l’encontre de la richesse de la pensée chinoise, laquelle définit le mouvement incessant et la voie du milieu. En effet il s’agit d’un postulat figé dans le temps (toujours), généralisé (pour tous), et binaire (excellent ou catastrophique).

Ajuster le contexte habitable selon la situation

Le praticien en Feng Shui s’appuie sur des techniques et des enseignements millénaires. L’acquis s’enrichir par l’expérimentation. Le va-et-vient constant entre yin (assimilation) et yang (mise en mouvement) permet de trouver un juste équilibre dynamique. Il fait le le pont entre visible et invisible pour élargir la bande passante.

Si tout ce qui existe est le résultat d’un processus. Et si tout est interconnecté, alors, puisque les choses ont naturellement guidés vers une situation (résonante ou dissonante), il est envisageable qu’elles guident aussi vers la suite.

Le choix résolument optimiste d’aborder différemment les habitations qualifiés (rapidement et largement) comme  étant « catastrophiques » est mesuré. Il est plus pertinent de suivre l’élan de la vie, en ajustant les actions sur la situation. Il s’agit d’un équilibre subtil entre souplesse et force. Celui permettant d’accueillir ce qui est (les difficultés) et de proposer une amélioration par l’action.

Il n’est donc pas question de juger ni les choix (bon ou nuls ), ni les lieux (excellents ou catastrophiques). Mais plus humblement de proposer de prendre du recul pour dépasser l’obstacle en transcendant les difficultés. Choisir d’habiter un  lieu « problématique » fait quelquefois partie intégrante d’un processus signifiant. Cela incite à renforcer ses fondations et à prendre sa place. Si certains lieux bousculent nos aspirations à un moment donné, ils coparticipent aussi à faire bouger les lignes dans nos vies en proposant un (ré)alignement. Ce n’est ni bien, ni mal, c’est là, à un endroit, à un moment.

L’axe d’amélioration (et de posture) est fondamentalement orienté vers la compréhension du contexte et de facto vers la localisation des interstices, si minimes soient-ils, favorisant la (re) mise en mouvement, la respiration, l’amélioration de la visibilité et de la vitalité.

Habitat préventif et progressif

Les arts traditionnels chinois visent l’économie de force. Il est alors certainement favorable de savoir où se positionner. Ces techniques sont avant tout préventives. La consultation Feng Shui / BaZi réalisée en amont d’un choix a donc une portée plus large parce qu’elle éclaire et facilite le chemin. Mais le choix final ne revient certainement pas au praticien.

Lorsque le lieu que l’on habite pose des limites à ce que l’on veut faire, c’est inconfortable. Mais le lieu « problématique » va créer suffisamment de chamboulements pour nous permettre de nous positionner selon notre évolution personnelle. C’est une incitation à objectiver ce qui est bon pour nous.

Lorsque la qualité énergétique d’une maison oscille entre yin et yang, c’est une invitation à bousculer nos habitudes et à apprendre à se positionner selon ce que nous sommes. Lorsqu’une maison ne factorise pas le développement d’une activité, c’est une interrogation sur la pertinence de cette activité selon ce que nous sommes. C’est quelquefois aussi une invitation à s’ouvrir vers l’extérieur en allant travailler ailleurs. Lorsqu’une maison incite à l’immobilisme, c’est une occasion de faire un état des lieux intérieur, etc.

Habitation feng Shui

Quel que soit le choix et les difficultés, La vie nous ramène à des expériences pour évoluer et s’améliorer, pour les accepter et les dépasser.

Lorsque discuter ou négocier avec les obstacles devient possible, l’agitation laisse place à la libération. Prendre conscience des enjeux de l’habitat permet de donner un cap signifiant à sa vitalité et d’ancrer ses valeurs profondes sans se laisser déboussoler.

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2 réponses à “Un habitat catastrophique ?”

    • Mille merci pour votre commentaire Valérie!
      C’est toujours une grande joie de transmettre des approches et des informations avec ces articles sur ces sujets passionnants.
      Bien à vous

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